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Ces labels qui comptent ou qui ont compté (pour moi) : Midnight Music

Dernière mise à jour : 23 sept. 2020



Sur ce label, vous ne trouverez pratiquement aucune information, en français en tout cas... Personne (mis à part quelques chroniques) n’a vraiment écrit sur cette « maison » et son fondateur Nick Ralph, c’est étonnant et incompréhensible. Pourtant Midnight Music aura marqué de son empreinte les années 80 et début 90, avec un catalogue hors du commun. Sur Nick Ralph on ne sait rien. Si ce n’est ce qui est écrit sur sa page Discogs. Fondateur du label en 1981, on sait qu’il était l’auteur d’un fanzine consacré à la musique américaine des sixties et seventies. Et pas plus. On sait qu’en plus d’être éditeur, Nick Ralph était musicien (accessoirement) et producteur (avec Twelve productions).



En 1981, il inaugure le label avec la sortie du premier single de Sad Lovers and Giants (SLAG) «Lost in a moment ». Ces derniers viennent de signer sur son label après avoir réalisé deux singles sur la microscopique structure Last Movement (aujourd’hui rares et chers).

D’emblée c’est un coup de maître. Le premier album du groupe sort chez Midnight en 1982 : « Epic garden music ». En quelques titres, le projet organisé autour de Garçe Allard et Tristan Garel-Funk, propose un opus magistral. Ce dernier les fera rentrer dans la légende des groupes Post-Punk, New Wave, et sera bien entendu rapprocher de cette scène significative de l’époque, aux côtés de The Cure, Joy Division ou And Also The Trees. Sad Lovers & Giants est aujourd’hui ce que l’on appelle un groupe culte : méconnu du grand public et par ailleurs monté aux nues par quelques amateurs du genre (somme toute assez nombreux). En l’espace de trois ans (1980/83), ils ont sorti quelques-uns des plus beaux bijoux de ce mouvement. Le second album « Feeding the flame », toujours chez Midnight Music, en est l’illustration : c’est une fulgurance de beauté, de noirceur et de mélancolie.

SLAG aimait à se définir comme un Pink Floyd pastoral, avec des accents, en effet Folk Psychédélique et un côté plus bucolique assumé, à la manière de And Also The Trees (dont ils sont assez proche). Ils sont originaires de Rickmansworth, petite ville campagnarde de l’Angleterre et paraissent davantage préoccupés par des thématiques propres à des musiciens de « province », à la manière des frères Jones. En deux albums produits par Nick Ralph, le groupe nous offre une musique intemporelle, parfois tendue, souvent sombre, aux effets et aux mélodies complexes et sublimes : guitares cristallines, arpèges, flanger, lignes de basses et de claviers obsédantes, voix hypnotiques, instrumentations variées. Les arrangements de ces albums sont particulièrement soignés, avec un aspect un peu urgent du fait de la production, faisant le choix d’un enregistrement en direct de la musique, rajoutant les voix plus tardivement. Sad Lovers se fera remarquer au point de se voir proposer l’enregistrement d’une Peel Session, et partira sur les routes d’Europe en compagnie justement d’And Also The Trees et de The Sound également (Je vous explique pas cette affiche !). Aujourd’hui encore SLAG officie toujours, modulant son Line Up régulièrement. Un disque je crois est sorti en 2018. Vous pourrez glaner quelques informations supplémentaires sur cette formation au sein du livre de Tony Leduc-Gugnalons « Afterpunk highlights, l’ère de la glaciation sonore » sorti chez Camoin Blanc. Ce dernier s’entretient avec Garçe Allard, qui revient sur la création du groupe et son cheminement. On apprend, notamment que Nick Ralph était disquaire et que c’est en allant chez lui pour lui mettre en dépôt leurs premiers singles sortis chez Last Moment, que celui-ci les a sollicités pour sortir leur premier album, puisqu’il mettait sur pied son label.


Midnight Music (donc Nick Ralph), d’un coup dès sa fondation, marque fort les esprits. Les Sad Lovers & Giants resteront comme une des perles du label, et indéniablement l’un des fers de lance de la structure. Dès 1983, les SLAG se déchirent, les membres fondateurs Garel-Funk avec le batteur Pollard fondent The Snake Corps. Un premier disque sortira chez Midnight : « Flesh on flesh », brûlot New Wave s’il en est, peut-être plus « gothique » et plus rock, avec le fameux « Science kills » entre autre.

Nick Ralph découvre peu de temps après Sad Lovers & Giants, en 1984, un groupe hollandais : The Essence. Injustement qualifié par la presse et les auditeurs de « clone » de The Cure, The Essence a pourtant plus d’intérêt que les uns et les autres ont cru y voir. C’est mon copain Stéphane qui me les a fait découvrir en seconde (j’en parle dans un autre article «Au commencement (suite 2) ») avec leur deuxième album « A monument of trust » et ses titres comme « A mirage » ou « The wave of death ». Certes la voix de Hans Dinner fait indéniablement penser à celle de Smith, si l’on manque d’attention, de perspicacité, si l’on bâcle son écoute. The Essence (qui est un trio) a une allure bien plus romantique que The Cure, moins neurasthénique aussi. Leur premier album « Purity » (produit toujours par Ralph) est un chef d’œuvre de chansons mélodiques, évanescentes et poétiques. Les compositions sont aussi très aériennes, légères, dépouillées et économes d’effets, si ce n’est ce flanger omniprésent et cette basse absolument classe. Ecoutez donc « A reflected dream » ou le titre éponyme « Purity » ou « Endless lakes » ou « The Blind » et vous saisirez toute la beauté du combo, et tout son talent. Midnight Music marquera d’ailleurs les esprits en réunissant Sad Lovers & Giants et The Essence, le temps d’un Ep pas si anecdotique que ça (sorti en 1988).


Midnight Music c’est aussi CindyTalk, le projet de Gordon Sharp. C’est en 1984, leur premier album « Camouflage Heart » voit le jour. CindyTalk (anciennement The Freeze) propose une musique plus expérimentale (ambient), plus industrielle aussi. Deux autres albums verront le jour, plus quelques participations à des compilations du label. CindyTalk, à plusieurs titres, fait le lien esthétique entre Midnight Music et 4AD. C’est le temps des projets hybrides improbables et inclassables. CindyTalk se rapproche de This Mortal Coil (d’ailleurs sur le premier album « It’ll end in tears » de ces derniers Sharp pose sa voix sur l’invitation du boss de 4AD Ivo Watts-Russell, et ce disque sera d’ailleurs co-publié entre les deux labels). Dans la lignée de Dead Can dance, The Clan of Xymox, les Cocteau Twins, Sharp a construit une identité singulière, qu’il a continué à développer depuis sur différentes structures, avec un côté plus électronique…

Le temps d’une décennie Midnight Music a construit un catalogue très riche et varié. Impossible de faire le tour de tous les groupes y figurant, faute de temps et de connaissances. Il y a des choses que je n’ai jamais écouté, et qu’il me faudrait peut-être découvrir : Tulpä, The Flips, The S-Haters (qui devient The Underlings et qui est de Watford, là où est basé Midnight), Hearts on Fire, The Beyond (projet dans lequel joue Ralph)… Midnight Music récupère The Wolfhounds, qui sortait ses disques chez The Pink Label puis September records. Après s’être fait repéré et remarqué sur la cassette du NME « C-86 » (avec des groupes comme Primal Scream, The Pastels…), The Wolfhounds édite son troisième album « Brick and Guilty », c’est autour de 1989. Dans un registre plus indie, plus brut et plus tendue. On a souvent rapproché le groupe de Sonic Youth, ou The Fall et Gang of Four. Ils inspireront quelques-uns de leurs contemporains comme Nirvana ou les Pixies (Franck Black en particulier). A noter que le leader du groupe, Dave Callahan a été l’instigateur du fameux projet sur Too Pure : Moonshake.

Midnight Music c’est aussi la structure qui héberge Bill Pritchard lors de l’édition de son quatrième album produit par Etienne Daho « Three Months, Three Weeks and Two Days», qui héberge Robyn Hitchcock (ex The Soft Boys, dont le label a sorti aussi un disque, un live), c’est aussi un disque du génialissime Adrian Borland (The Sound) & Citizens, c’est aussi des disques de McCarthy (récupéré là aussi sur September records et qui a également participé à la compile C-86), le projet de Tim Gane, rejoint par Laetitia Sandier, et qui deviendra Stereolab. C’est un Ep de The Sun and The Moon, le projet de Mark Burgess (de The Chameleons). C’est aussi quelques licences, comme The Wedding Present, Billy Bragg et puis une branche française signant quelques projets comme Gabrielle Lazure et proposant des licences pour la France avec Opposition, The Field Mice, The Orchids, Anne Clark…


Midnight Music mettra la clef sous la porte au début des années 90 (92 je crois), étranglé par les banques. Nick Ralph a fait le choix de stopper l’aventure, à un moment où sans doute ses investisseurs lui ont demandé de faire de son label une affaire rentable… Ralph menait ce projet par pure passion et conviction, désireux de faire découvrir des musiciens innovants. Le catalogue sera repris en partie par Cherry Red, qui rééditera un certain nombre de pièces.

Midnight Music est de ces labels dont personne n’a retenu le nom. Seuls les groupes à la rigueur sont restés dans l’histoire (pas tous) … C’est la démonstration parfaite des labels qui marquent pour autant leur époque, mais qui n’ont pas réussi à dépasser le plafond de verre de la simple notoriété de d’organisation indépendante. Midnight ne faisait pas d’argent et n’a pu devenir à l’image d’autres structures, une entreprise lucrative. Aucun des projets défendus par Ralph n’ont vraiment beaucoup vendu. La messe était donc dite. Néanmoins en l’espace de quelques années, Midnight Music a réussi à tracer son sillon et restera comme l’un des plus beaux joyaux de la musique Post-Punk, New Wave, Expérimentale des années 80. A fouiller donc sans modération.






Des infos sur The Wolfhounds


Midnight sur Discogs

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