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Hood...

Dernière mise à jour : 18 juin



On passe souvent son temps à dire, à écrire, à clamer aux uns et aux autres ce que l’on aime, ce que l’on apprécie, ce qui nous touche. C’est un phénomène naturel, et sans doute sain. Dans l’idée de partager, d’échanger ou transmettre, nous voulons absolument communiquer ce pour quoi nous nous passionnons. Dans tous les domaines, c’est toujours le cas, la musique bien évidemment n’échappe pas à la règle. On a toujours découvert un artiste, un groupe, par l’intermédiaire de passeurs divers : ses parents, ses frères, ses sœurs, ses amis, la presse, la radio, la télévision… Et aujourd’hui bien sûr les réseaux sociaux. D’ailleurs à travers ces nouveaux modes de communication, cela ouvre des échanges bien plus vastes, qu’à une époque, où cela était circonscrit à un cercle ou réseau plus limité. Tout ça pour dire que nous passons notre temps à proposer ou à présenter, dans la musique notamment, des artistes et des groupes qui comptent pour nous. On se retrouve à parler de centaines de projets, qui ont une valeur à nos yeux et qui ont eu un impact sur nous. C’est la course folle à l’émotion, et donc un empilement et une accumulation de références. On appelle ça aussi de l’étalage délibéré de nos connaissances, pour "briller" sans doute, quelque peu. On veut le partager, bien entendu à ses proches ou non (d’ailleurs plus souvent à ceux que l’on ne connait pas). C’est finalement un peu l’objet de ce site, in fine. On m’appelle l’enfonceur de portes ouvertes.


J’avais envie aujourd’hui de parler d’un groupe que j’évoque souvent sur les réseaux. Il revient régulièrement, de façon obsessionnelle et je suis heureux quand je vois d’autres personnes les mettre à l’honneur, et ne parlons même pas des gens qui les découvrent pour la première fois, et le signalent. Cela me met en joie. La musique vit, bien au-delà de la sortie de tels ou tels albums, et c’est tant mieux. Le groupe d’aujourd’hui n’existe plus. Ses membres continuent leurs activités sous d’autres noms. J’ai découvert Hood, tout seul comme un grand. Enfin, pas tout à fait. C’est en lisant le numéro 4 du fanzine Octopus début 1996, en décortiquant les chroniques express. Cette revue était une mine d’infos, et je la dévorais littéralement. C’était un complément à Magic, toutefois plus pointu, exigeant en somme, traitant des "musiques déviantes" dans leur globalité. A l’aide de ces deux outils, je découvrais pas mal de choses, et bien sûr avec l’appui aussi de mon ami Manu (véritable encyclopédie). Là pour le coup, c’est en lisant quelques lignes sur un 7’ qui venait de sortir sur un label français dénommé Orgasm quelques mois plus tôt fin 95. Je ne connaissais ni le groupe ni le label. Les lignes écrites par je pense Morvan Boury (avec le recul car ses phrases étaient noyées parmi tant d’autres, et que ces chroniques étaient animées par plusieurs contributeurs) ont réussi à me convaincre à passer commande auprès du mail-order Hope (qui était basé en Bretagne, la fameuse "Fosse aux loups" près de Redon), dont je recevais le catalogue et où les références du label étaient proposées.

Morvan écrivait "Restons dans le sensuel avec les nouveautés du label Orgasm, la référence ultime en matière de Pop improbable. La série impeccable continue avec un 45 t six titres de Hood, jeune groupe déjà mythique originaire de Leeds et le deuxième (et le troisième) album devrai(en)t sortir à la rentrée…". A première vue rien de bien attirant dans le texte, mais il faut savoir que tout ce que pouvait écrire Morvan Boury (il était aussi dans l’équipe de Magic des débuts) m’intéressait. Spécialiste des projets de Chicago ou Louisville (combien de chroniques de Rex en passant par For Carnation, de Tortoise à Gastr Del Sol ou Rachel’s), ses chroniques, bien souvent, m’ont poussé à m’intéresser à cette scène. De même Morvan affectionnait la scène anglaise indé de Bristol (Planet records) ou de Leeds. J’aimais son écriture. J’adhérais à toutes ces recommandations. Là il faisait d’une pierre deux coups, le label et le groupe. Il en avait bien parlé avant des deux (je le découvrirais plus tard, dans les précédents numéros d’Octopus) mais je n’avais pas dû y faire attention, là mes yeux s’étaient posés par hasard…


Quelques jours après ma commande (petit courrier avec un bon de commande et un chèque), le 45 T arriva, avec quelques autres trucs dont je ne me souviens plus. Dans l’article consacré à Orgasm, j’ai déjà évoqué cet épisode. C’était sans doute un de mes premiers simples achetés par mes soins. Ça sentait bon le Lo-Fi, le Do it yourself comme on dit, la pochette semblait être un collage d’une photocopie noir et blanc et c’était bien le cas. Une silhouette furtive (en pleine course) aux abords d’une centrale nucléaire. Et le logo du groupe dans le coin en haut à gauche, un peu crado. Le titre du disque en bas à droite. Le dos de cover montrait une route s’enfonçant dans ce complexe industriel (et atomique), aperçu en cover (même principe de la photocopie) avec tous les titres et la réf organique Spasm08. Ma première surprise fût de constater que l’on pouvait mettre autant de titres sur un si petit format (6 en tout). Dans ma tête il ne pouvait y en avoir que 2 maxi, 4 à la limite mais sur les vieux singles de ma mère de Jean Ferrat ou Françoise Hardy. La première écoute du disque fût surprenante. Je ne m’attendais pas à ça. Je ne sais pas vraiment si je m’attendais à quelque chose de particulier, mais pas à ça. Je découvrais un projet qui proposait 6 morceaux courts, des brulots bordéliques, mélangeant une improbable Pop (parfois presque Folk) à des sonorités dissonantes, décapantes et nerveuses. L’ensemble semblait avoir été enregistré sur un 4 pistes, avec donc un caractère Lo-Fi prononcé, bancale et bricolé. Les voix étaient nonchalantes, avec une succession de moments calmes et d’envolées distordues. Le dernier titre de la face B "Silo Crash" était le tube du disque. Il m’a fallu quelques écoutes pour me familiariser avec cet univers. Mais petit à petit je m’y suis accoutumé et j’y ai même trouvé mon compte. La petite histoire était en marche.



Quelques 7’ de plus cette fois-ci glané chez 555 recordings, Orange aussi avec un split en compagnie du groupe français Carmine, chez Earworm (et ses 11 titres). Des albums étaient sortis, mais je n’arrivais pas à les trouver. Le premier "Cabled Linear Traction" en 94 chez Fluff d'abord puis une réédition chez Slumberland en 95 (même s’il y avait eu une cassette au tout départ) et le second "Silent’88" en 1996 chroniqué dans Octopus encore une fois par Morvan et qui n’en disait que du bien. Impossible d’y mettre la main dessus. Je ne savais toujours pas grand-chose sur le groupe, si ce n’est qu’ils étaient de Leeds. C’est en faisant connaissance avec Stéphane d’Orgasm (je vous invite à lire le texte sur le label) plus précisément et plus intimement, que j’ai commencé à avoir des informations plus précises sur Hood. Stéphane connaissait très bien les gars du groupe, non seulement pour avoir sorti un disque d’eux, mais surtout parce qu’il était en lien avec eux, qu’ils avaient passé du temps ensemble en Angleterre, et qu’il avait plein d’anecdotes à raconter à leur sujet. C’était passionnant. C’est ainsi que j’appris que le groupe s’était construit autour des deux frères Adams (Richard l’ainé et Chris le cadet) et de Graig Tattersall et Andrew Johnson (même au départ je crois que de ce dernier avec les frères Adams), avec également pas mal de musiciens gravitant autour du noyau originel comme Laura Bridge, Matthew Robson (futur RandomNumber) ou Stewart Anderson (boss de 555 recordings et membre des Boyracer). Stéphane me parlait régulièrement d’eux, de leurs bonnes descentes de bières, de leurs talents, de leurs sympathies. C’était une époque, où ils n’apparaissaient qu’encapuchonnés (sur de rares photos), ne révélant à personne leurs visages. En 1996, stéphane sur son label édite le premier album des Famous Boyfriend (duo formé par Graig Tattersall et Andrew Johnson), album magique, plus électronique, lorgnant vers le minimalisme néo-classique, l’Ambiant, un peu comme si Disco Inferno, Flying Saucer Attack et The Field Mice jouaient ensemble et avaient découvert des machines. Dans le même moment Hood sort "Silent’88" chez Slumberland records, le fameux label américain de Mike Schulman. Je n'arrivais pas à le trouver, impossible donc d'écouter. Ce n'est finalement qu'à partir de 98 que j'arriverai à choper toute la discographie du groupe. Cette année ils sortent "Rustic houses forlorn valleys" chez Domino (et donc distribué par Labels en France) et enregistré et produit par Matt Elliot, franchissant un nouveau cap dans leur parcours et sortant ainsi de la profonde confidentialité. Stéphane d'Orgasm considérait que le projet n'était plus le même, plus accessible, plus dans l'air du temps et soudainement un peu plus dans la lumière. Pour mon compte, je découvrais 6 longs titres, que je trouvais particulièrement beaux, mélange de nappes, de boucles mélodiques avec les éléments de leurs premiers albums (instrumentations diverses bancales, la voix nostalgique de Richard) et une production bien plus soignée (avec une basse énorme, flutes, violons, violoncelles, une voix féminine toujours mais plus prégnante encore, celle de Nicola, la compagne de Stewart Anderson, et s'activant au sein de Hem ou Empress), enlevant du coup la spontanéité de l'enregistrement à l'arrache des premiers albums, mais rajoutant une profondeur et une finesse de composition dans les différentes pièces proposées. Hood venait de définir véritablement son esthétique. Ce disque est sans aucun doute le trait d'union entre leurs débuts chaotiques et ce qu'il adviendra plus tard avec des expérimentations en lien avec leur époque. La cover d'ailleurs peut traduire ce fait, l'utilisation encore d'un visuel avec des câbles électriques, se rapprochant ainsi des visuels "indus" des premiers temps, mais annonçant d'autres graphismes, plus bucolique. Dans le même temps Chris Adams développait un projet personnel, plus récréatif mais tout fait passionnant, à savoir Downpour. Très orienté musiques électronique (voir Drum'n'Bass), ce dernier sortait quelques disques chez Drop Beat, une division plus électronique de Slumberland et montrait toute l'étendue de son talent et surtout sa créativité, illustrant ainsi toute son influence artistique au sein de Hood. Après des recherches longues et laborieuses, je mis enfin la main sur les deux premiers albums (en même temps que le net se développait). Je les avais trouvé sur Ebay de mémoire. Du coup je me les mettais régulièrement, mesurant ainsi l'évolution de leur musique, de leur son. Hood devenait plus mature, éloignant peut être les fans de la première heure, mais qu'importe, la démarche était remplie de sens, et d'inspirations. Un an plus tard, en 99, Hood sort son 4ème album "The cycle of days and seasons", toujours produit par Matt Elliot et visuel de nature en guise de cover (photos des frères). Le groupe va encore plus loin dans les expérimentations. La musique est cette fois-ci encore plus "atmosphérique", climatique, plus aérienne en somme, ou tout simplement encore plus cinématographique. 8 titres moins longs que sur l'exercice précédent, parsemés d'interludes. La musique électronique semble s'inviter de plus en plus dans l'univers des anglais. L'album de Third Eye Foundation "You guys kill me" semble avoir été une influence au même titre que Boards of Canada, avec toutefois leur savoir-faire instrumental propre. Hood tend vers la mélancolie globale et la neurasthénie totale. Quelques accès de guitares saturées parfois, de manière parcimonieuse toutefois, lorgnant vers le passé, celui-ci d'une jeunesse désordonnée, désormais absconde. Un titre, le second, annonce potentiellement la couleur : "Hood is finished"... Le groupe est-il déjà sur la fin, après presque une décennie d'activité ?

En 2000, alors que je travaillais à la conception de ma compilation "Bucolique vol.1" je me décide à contacter le groupe pour leur proposer de participer au projet. C'est Richard mon contact. Il est laconique, mais accepte de me filer un morceau pour le projet. Je lui ai parlé bien entendu de Stéphane, d'Acetate Zero, ce qui sans doute, à contribuer à ce qu'il me donne une réponse positive. Quelques mois après je reçus le morceau "The river curls around the town", belle ode à la nature s'il en était. En 2001 Hood sort un nouvel album, toujours chez Domino intitulé "Cold House". Richard m'avait demandé s'il pouvait y inclure le morceau qu'il m'avait filé pour la compilation. Bucolique vol.1 était sorti un peu plus tôt. Bien sûr je lui avais donné mon accord, d'autant que la version sur leur album est légèrement différente. Dans le livret, il remercie d'ailleurs le label, avec une petite erreur, assez charmante (Arbhouse recordings)... Ce disque là signe la consécration du groupe. Cette fois-ci, Hood devient une référence dans le monde de l'Indie. Un nouveau public les découvre. D'autant que cette fois-ci, le groupe fricote avec des membres éminents du collectif et label Anticon : Dose et Why ?. Hood est dans son temps, et s'ouvre au Hip-Hop, celui qui est tendance en ce début de décennie, à la manière de The Notwist. Le disque est signé en licence pour les States sur Aesthetics (un label qui monte de ce temps là celui de L'Altra et consorts). Le disque est une synthèse parfaite de leur univers avec des orientations novatrices, des explorations vers d'autres sonorités : la musique électronique, le Hip-Hop donc. Aujourd'hui encore si vous parlez de Hood, c'est ce disque que les gens ont en tête. Hood n'est plus qu'un duo des deux frères Adams. D'ailleurs Chris, un peu plus tard développera Bracken, et sortira ces disques chez Anticon entre autre. Johnson et Tattersall, sont partis et ont abandonné le projet Famous Boyfriend (2 albums au final et une poignée de singles) pour celui de Remote Viewer (signé chez 555 et surtout City Center Office), encore plus orienté sur la musique électronique click and Bip et le Modern Classic. Ils montent d'ailleurs leur propre label Moteer records et propose un catalogue soigné, et passionnant, dans cette veine.

On les retrouve au sein de nombreux autres projets : The Boats, Septemberist, The Humble Bee, The Sea...

En 2005, Hood sort "Outside closer" toujours chez Domino. Encore une pochette de paysage et cette fois-ci ça ressemble à un champ du cygne. Plus complexe, moins mélodique qu'à l'accoutumée, le disque se révèle plus ardu dans l'appréhension. Pourtant au fil des écoutes il dévoile une volonté chez nos deux musiciens, de laisser une dernière œuvre audacieuse et ambitieuse, qui finalement s'écoute d'un seul bloc, sans détacher un titre de l'autre. Le groupe s'éteint donc sur cet album et disparaît de la circulation. Quelques autres disques sortiront par la suite dont une compilation réunissant tous les singles du groupe, un live sur Paris de 95 (première période donc, celle que Stéphane affectionne particulièrement, celle des encapuchonnés) chez Fissile (anciennement Orgasm), des inédits, histoire d'entretenir le mythe d'un groupe marquant, discret pourtant, mais essentiel. Hood m'accompagne depuis 30 ans, je possède leur discographie quasi complète (en comptant les projets annexes) et s'il est bien un groupe que j'écoute assidument encore c'est bien celui-là. Ils m'ont marqué, il faut le dire, sans doute aussi car ils sont liés à mon histoire, mon parcours et mes amitiés. Parce qu'ils correspondent sans doute aussi à ma personnalité, un peu "dépressive", morose et mélancolique. Hood c'est ça pour moi. Le marqueur d'une époque aussi, riche et intense. Des compagnons de route en somme, à l'influence profonde et indélébile. Un seul regret ne pas avoir fait plus de choses avec eux. Aujourd'hui Richard continue (et ce depuis 2008) sa route avec The Declining Winter pour mon plus grand bonheur et fabrique une discographie précieuse. Son dernier album, sorti en 2023 "Really early, really late" est absolument sublime. On retrouve du Hood bien sûr dedans, mais bien plus aussi, il y a du Bark Psychosis, du Labradford, du Talk Talk aussi. Sa musique toujours aussi nostalgique, a gagné en puissance émotionnelle, en sérénité aussi et en tranquillité. Le privilège de l'âge, pour une musique calme, paisible et introspective.

Chris lui aussi continue dans une veine plus expérimentale et électronique, distillant son œuvre sur divers labels, sous son nom ou celui de Bracken.


A noter que le groupe s'est essayé à l'exercice du remix. En premier lieu pour Mogwai. Ils introduisent le disque "Kicking A Dead Pig - Mogwai Songs Remixed" et partagent le tracklisting avec entre autre Kid Loco, Third Eye foundation, Surgeon, DJ Q, Arab Strap, Alec Empire...

Ils signent aussi un remix d'un titre de Cha Cha Cohen "Spook On The High Lawn". Je ne sais pas s'ils en ont fait d'autres.





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1 Comment


Anthony Trefaut
Anthony Trefaut
Jun 12

Merci pour ces informations sur l’histoire du groupe, la description des albums / maxi ainsi que les références pour aller toujours au-delà et encore découvrir d’autres bonnes chose (je note)

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