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  • kocat

Le CD un format d'avenir ?

Dernière mise à jour : 23 déc. 2021

En plein premier confinement, je m’épanchais sur l’évolution des supports d’écoute de la musique. J’en concluais très sobrement que le CD tenait encore le pavé et la corde notamment par rapport au vinyl, et que si l’on souhaitait se construire une discothèque (physique j’entends bien) digne de ce nom, il fallait privilégier ce format. D’abord d’un point de vue économique, le CD est en effet aujourd’hui un format désuet, qui ne coûte presque rien, et ensuite d’un point de vue sonore : la qualité (à condition d’avoir du bon matériel) est indéniablement au rendez-vous.

2 ans sont presque passés. Et l’actualité n’a fait que corroborer ma prise de position initiale. Et si l’avenir du support physique était le CD ? Tout le laisse à penser. Mais il s’agit peut-être de ne pas trop l’ébruiter désormais… Vous avez tous entendu parler de l’augmentation du prix des vinyls. L’affaire a fait grand bruit et la presse s’en est fait largement l’écho. J’ai moi-même participé à un article où l’on m’interrogeait sur les raisons d’une telle augmentation et surtout l’impact que cela avait sur mes activités d’éditions et de vente de vinyl. Chacun y va de la sienne dans ce débat. Ce qui est constaté globalement et consensuellement tout de même, c’est que les délais de fabrication d’un vinyl aujourd’hui se sont considérablement accrus. Il faut désormais plusieurs mois pour fabriquer un disque. L’industrie musicale (majors, fabricants…) nous explique que c’est la faute à la crise sanitaire, que comme dans tous les domaines, c’est une histoire de raréfaction de la matière et surtout de son augmentation de prix. Du coup les prix flambent. Les vinyls sont hors de prix. De plus les chaines de productions sont prises d’assaut, c’est l’embouteillage. Les majors occupent la filière et impossible pour des labels indépendants de réaliser leurs projets. Les fabricants privilégient les majors, qui leur assure une rentabilité non négligeable. Les petits tirages ne pèsent pas lourds. D’ailleurs, à ce propos, j’ai vu passer un communiqué de la fédération de labels indépendants expliquant que pour Noël, il n’y aurait pas de nouveautés sous le sapin. Les majors monopolisent le marché, avec les sorties respectives de leurs stars (Adèle, Coldplay, ABBA…) et les multiples rééditions de leur catalogue. Tout a été bloqué, plus de places pour les autres.


Dans ce contexte, les majors ont également décidé d’augmenter (excessivement) les prix. Voilà une stratégie bien rodée finalement et peu étonnante, de la part d’une industrie qui n’en est pas à son premier coup d’essai. La « nouvelle embellie » autour du vinyl fût de courte durée. Dans un premier temps les majors n’avaient pas vu venir ce retour inespéré du dit format. Elles l’avaient totalement déclassé, au même titre que le CD d’ailleurs, et s’occupaient à développer leurs nouvelles formules : la musique numérique, et plus particulièrement le streaming. Les labels indé étaient bien heureux, à maintenir et soutenir une filière en voie de disparition, et à sortir leurs projets pour les fans inconditionnels du format. Le soudain renouveau du vinyl, et sa popularité (auprès d’un plus large public) a changé la donne. Les majors se sont soudainement souvenu de ce support, et s’y sont à nouveau intéressés. Pour en arriver là. Bien sur les labels indé sont inquiets, les disquaires aussi (une profession qui a refait surface ces dernières années) de cette situation. Cette politique tarifaire a eu pour conséquence évidemment d’enflammer également le marché de l’occasion. Même si on pouvait constater une augmentation régulière des prix depuis la relance du format, mais cela a désormais pris des proportions inégalées jusque-là.

Les majors ne pouvaient pas s’y prendre autrement pour mettre un terme à ce marché. Leur objectif ? Peut-être n’en faire qu’une niche pour clients fortunés. Je ne vois que ça. Tout en essayant d’engranger le plus de fric possible en attendant, et surtout continuer à accentuer le streaming comme seule alternative pour le plus grand nombre. Les jeunes sont déjà acquis, ces derniers n’écoutent la musique que de cette manière, les autres suivront.

Alors que faire si l’on est attaché à l’objet, et à une écoute physique. Que faire si l’on trouve le streaming dégueulasse (d’un point de vue sonore ou éthique), si l’on estime que la musique est avant tout une œuvre et que celle-ci est indissociable de son aspect concret, de ce qui en représente sa finitude.

GVSB en CD...


Tout d’abord sortir du postulat que le vinyl est le seul et unique format. Sortir de cette idée, qu’il est l’unique graal de l’auditeur éclairé, et que toute discothèque qui se respecte doit être composer de ce type d’objet. C’était faisable il y 15 ou 20 ans, quand plus personne ne s’y intéressait, quand les mecs jetaient leurs disques, ou les vendaient une misère sur les vide-greniers, ou que vous pouviez trouver des perles dans des solderies pour que dalle. Cette époque est définitivement révolue. Tout le monde désormais cherche à se faire du beurre, même sur les merdes les plus infâmes. Il y a bien quelques disquaires et autres revendeurs qui essayent de se maintenir en proposant des skeuds pour pas trop chers, mais ils deviennent rares : s’approvisionner devient difficile.

Quelle est donc l’alternative ? Le CD ? Sans aucun doute… Voilà un format qui a disparu des radars et qui semble bouder par le plus grand nombre. Et tant mieux, pourvu que cela dure… Mais pour combien de temps ? L’industrie musicale ne va-t-elle pas comme pour le vinyl s’intéressait au phénomène ? Pour le moment ce n’est pas le cas, mais ironie du sort (et c’est ce qui explique un tel désintérêt), tout le monde l’a mis au rebut : auditeurs, consommateurs de musique, labels indé, artistes… Et tant mieux... Le CD est tombé bien bas. Il fut un temps où il était présenté comme le nec plus ultra de la technologie, le format standard absolue, indestructible et de qualité sonore inégalée, d’une époque où la planète entière avait fait le choix de basarder ses vinyls et de massivement investir sur ces petites galettes… Rien ne laissait présager d’une telle tournure de l’histoire.

Mais la crise de la musique, l’apparition de la musique numérique (piratée ou pas), la copie privée (les CDR) ont précipité l’affaire… C’est arrivé quand même assez progressivement et la revitalisation du vinyl en ont fini avec ce bon vieux CD. Déjà, dans les années 90, à son apogée, quelques critiques étaient apparues. Les adeptes du vinyl criaient au sacrilège et n’avaient de cesse de démystifier la qualité du son (l’opposition analogique contre numérique) et son aspect « de poche » (rien ne vaut la pochette d’un vinyl). Mais l’industrie musicale faisait le forcing, et le CD rentrait dans toutes les chaumières. Même les labels indé emboitaient le pas : fabriquer des vinyls revenait trop cher. Le CD était bien plus abordable. Et puis la musique dématérialisée est passée par là. Et le CD est tombé bien bas dans l’estime de monsieur tout le monde. Aujourd’hui nous en sommes à l’étape de ce qu’a pu connaitre le vinyl un peu plus tôt. Les gens les balancent, les donnent, les jettent, les vendent pour rien. Les solderies se remplissent, les particuliers remplissent des caisses et essayent de s’en séparer en les bradant et espérant qu’un pauvre con passera par là pour embarquer l’ensemble ou moins un exemplaire.


Autant le dire, profitons-en. Il y a de quoi faire des affaires… Et de quoi constituer sa collection pour une bien plus modeste somme que si vous vouliez le faire en vinyl. Indubitablement. Aujourd’hui il n’est pas rare que je me promène dans ces endroits où je peux mettre la main sur des CD à des prix imbattables (20 centimes, 50 centimes, maximum 1 euro). Et je me régale. Quelques exemples ? Le premier album de Prolapse "Pointless walks to dismal places" de 1994 (l’édition vinyl est inabordable), l’album de Jesus Lizard "Liar" de 92 chez Touch&Go, celui de The Delta 72, toujours chez Touch&Go, du Stereolab, du My Bloody Valentine… Je joins bien sur l’utile à l’agréable. Quelle joie de retrouver ces impressions que j’avais à l’époque du déclassement du vinyl. Chercher, trouver des perles et être là, une fois la chose entre mes mains, à éprouver une telle satisfaction… Quel bonheur. A noter, et cela a son importance. Je conseille d’investir dans une platine CD de qualité (avec bien sur un système de diffusion qui tient la route aussi : ampli, enceintes). Le rendu est prodigieux. Dernièrement j’ai changé ma platine CD qui était un truc basique. Ma femme m’a acheté un appareil de dingue de chez Yamaha. Et alors ce fût magique. L’écoute de mes CD en a été totalement modifiée. J’ai redécouvert certains albums, et honnêtement, je n’avais jamais rien entendu de tel. Le matos c’est donc primordial.


Hardwark, leur seul album sorti uniquement en CD...


Après il faut que ce phénomène de relégation du CD perdure, le plus longtemps possible. L’autre fois je voyais un tweet de Rubin Steiner qui expliquait que pour ce Noël il n’achetait que des CD, je lui répondais aussitôt "Chutt… Ne le dis pas trop, que ça va se savoir". Il faut garder le secret (de polichinelle ?), le plus longtemps possible. Et profiter… Avant que les majors ne s’y intéressent à nouveau… Même si je ne crois pas que ce sera un jour le cas. Je crois que les règles ont été définitivement établies : format physique le vinyl pour les mecs qui ont de l’argent, et streaming pour le peuple… A moins d’un retournement de situation, porté par quelques hurluberlus…

Bien sur certains CD valent chers. Il y en a. Car à chaque époque son support. Les années 90, le vinyl était marginal. Tout sortait en CD. Certains d’entre eux n’ont jamais été réédités en vinyl. Alors ça spécule sur la toile, sur Discogs entre autre. Mais ce qui est réconfortant c’est qu’un jour en vous baladant, vous trouviez le "Nijinski" de Daniel Darc, parmi plein d’autres CD et que vous l’achetiez pour 50 centimes, vous aurez fait l’affaire du siècle. En l’occurrence, il y a encore ce sentiment que "tout est possible", un sentiment tout à fait jouissif, il faut bien l’avouer.

Ne soyons donc pas trop altruiste… N’ayons l’air de rien, restons raisonnable. Le CD c’est chouette, comme je le laissais entendre la fois dernière. Et que cela le reste, sinon ils nous auront. Les industriels, les indés aussi seraient capables de nous casser la baraque. Et de nous laisser le bec dans l’eau, sans plus rien, sans plus de format accessible, sans format tout court, tant bien. Alors c’est promis, je n’en parlerai plus, motus et bouche cousue.


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