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The Stranglers "Stranglers IV (Rattus norvegicus)"



On en a assez parlé, le 15 avril 1977 sortait ce deuxième album. Il a eu depuis quelques jours 45 ans d'âge. Je ne vais pas revenir sur le caractère monumental et incontournable de ce disque. Désormais considéré par le plus grand nombre comme un classique. Je ne vais pas m'éterniser sur l'histoire et le contenu de cet album, d'autres l'ont fait, bien avant moi, et avec plus de talent que je ne le ferai. Je ne me risquerai pas sur de "tels sentiers", se serait présomptueux de ma part et je me mettrai indéniablement en difficulté. La rock-critic ne s'improvise pas, "ce n'est pas facile d'avoir du style" a t-on déjà écrit ici même. Non, je ferai plutôt le choix de revenir sur ma relation aux étrangleurs et sur ces disques qui m'ont accompagné depuis une trentaine d'années. "Rattus norvegicus" est l'album par lequel je suis rentré dans l'univers des "hommes en noir". J'étais jeune, 13 ans par là. Eric (le frérot dont je parle à tout bout de champ ici) était au lycée et fréquentait un gars qui avait un oncle avec une discothèque hallucinante. A cette époque je vivais à Sauve, dans le Gard, dans ce village qui n'était pas encore à la mode (Crumb n'y était pas encore arrivé). J'ai déjà évoqué cet épisode. C'est dans ce bled que je me suis initié grâce à la lecture de Best à quelques classiques. C'est à cette époque où j'écoutais le "Arena" de Duran Duran, et The Cure et leur "The Head on the door". Régulièrement nous rendions visite à Eric et ses parents. C'était comme ma famille. Nous avons toujours échangé sur nos écoutes respectives. Et nous avons avancé ensemble dans ce long parcours sinueux qu'est la culture musicale. Souvent, comme par enchantement, quand nous nous retrouvions après quelques semaines de séparation (plus ou moins espacées), nous constations que nous avions les mêmes intérêts. On ne refait pas une histoire profonde et une complicité acquise depuis la tendre enfance. Grâce à son copain, Eric avait accès à des vinyls variés. Il les lui prêtait (je ne sais pas si l'oncle en question était d'accord). C'est ainsi qu'au cours d'un de mes séjours, j'ai découvert cet album des Stranglers. Eric l'écoutait déjà depuis un moment. Il me le passa sur sa platine, en me disant que ça devrait me plaire. Et ce fût une déflagration. Quelle claque. Je n'avais jamais entendu un truc pareil. Une musique à la fois sombre, agressive, malsaine et énergique. Le son y était époustouflant, ça claquait grave. Je ne savais pas encore ce qu'était une basse, mais j'identifiai un son caractéristique), le chant y était tantôt provocant, tantôt grave, tantôt mélancolique, les claviers déconcertants entre lyrisme et folie et la batterie métronomique.

Eric avait quelques éléments en main, qu'il tenait peut-être de son copain. Il m'expliqua qu'ils étaient anglais, qu'on les apparentait au Punk (mouvement musical dont j'avais à peine entendu parler), que leur bassiste était français et se prénommait Jean Jacques. Pas plus et finalement assez énigmatique. Je ne comprenais pas grand-chose aux textes, simplement j'avais la conviction qu'ils évoquaient des choses peu drôles, et que son chanteur n'avait pas l'air de déclamer des paroles heureuses. Il me semblait même un peu en colère. La pochette m'avait également interpellé. Ces mecs qui posaient dans un lieu inquiétant (que j'imaginais comme étant les musiciens), avec tous ces trophées de chasse, et ces gueules peu inspirantes (entre gueule cassée par des bastons, et cirque pour le côté maquillés), tout de noir vêtus. Ça suintait le rock'n'roll, et son côté dangereux, décalé, étrange et bargeot. Cela me laissa une impression de quelque chose de sulfureux, et la musique le traduisait pleinement. J'étais sous le charme. Mon corps, mon esprit avaient sans doute besoin de ça, à ce moment précis de mon existence. Ça me parlait tout bonnement, ce fût instinctif et naturel. Je n'avais pas pu faire de copie, je n'avais pas de cassette sous la main. En rentrant chez moi, je me suis promis de revenir pour l'enregistrer. Le temps passa, les semaines avant de revenir chez Eric. Au printemps 1986, aux vacances de Pâques, pour mes 14 ans, ma mère me proposa de monter sur Paris, une semaine. Effet celle-ci était en formation là-haut depuis quelques mois, et revenait à la maison tous les 15 jours. C'était pour moi l'occasion de mettre les pieds à la capitale pour la toute première fois. Un événement. Mon père me mit dans un TGV orange (vous savez ces premiers TGV) en gare de Nîmes avec pour consigne de ne surtout pas descendre du train en gare de Lyon Part Dieu, seul arrêt du trajet. Je fis le voyage en 4 heures. Ma mère me récupéra Gare d'Austerlitz. Quelle fantastique épopée, j'en garde un souvenir impérissable. Durant ce séjour, outre toutes mes visites incontournables (Tour Eiffel, Louvre, Pompidou, Arc de triomphe...), je me rappelle de la découverte de M6 et ces clips diffusés continuellement et surtout des cadeaux de ma mère. Il s'agissait de deux cassettes : l'album de Depeche Mode "Black Celebration" et surtout (pour notre sujet) "La Folie" des Stranglers. C'était à la Fnac des Halles. Je n'avais pas trouvé "Rattus norvegicus". C'était officiellement le premier album du groupe en ma possession. A mon retour, dans ma chambre de notre appartement de Sauve, je me précipitais dans l'écoute de cet album. Et là je fus très surpris de constater qu'il ne ressemblait en rien à cet album que j'avais découvert chez Eric. C'était beaucoup plus calme et cela s'apparentait plutôt à de la Pop. C'était une déception. En lisant attentivement la jaquette de ma cassette, je constatais que "La Folie" était sorti en 1981, soit quelques années après "Rattus norvegicus", 4 exactement. J'en conclue que le groupe avait évolué. Je mis pas mal de temps à rentrer dans ce disque tant mes attentes à son sujet étaient colossales et calquer sur ma première découverte. Je finis par m'y accoutumer et même à y trouver du plaisir. L'album était bien entendu plus calme, beaucoup moins brut, mais toujours autant barré (vu le nom me direz-vous). Le son y est plus conventionnel dans le sens plus accessible, moins coléreux, irascible, emporté, plus poétique, plus fin. La musique y est plus élégante, soyeuse.

Le texte du titre éponyme était en français ("Et oui j'ai la folie ie, j'ai la folie"). Je n'y comprenais pas grand-chose (l'accent me paraissait aléatoire) et cela me semblait bien abstrait. Bien des années plus tard, je comprendrais l'histoire qui se cachait derrière ce texte, et de quoi il s'inspirait (il me semble qu'il s'agit du fameux étudiant japonais qui avait bouffé sa petite copine par amour, à Paris). En retournant quelques semaines après mon voyage parisien chez mon frérot Eric, ce dernier avait rendu le "Rattus Norvegicus" à son propriétaire, impossible dès lors de l'enregistrer... Je n'avais plus qu'à entretenir l'espoir d'un jour y tomber dessus. Je me consolais avec "La Folie", qui me devint si familier, à force de l'écouter, que l'énergie et la fureur de "Rattus norvegicus" s'évapora quelque peu, me laissant nostalgique d'une esthétique passée. En 86, à l'automne, pour Toussaint, je quitte le Gard pour la région Centre, le Cher. Bien sûr, ma cassette de "La Folie" me suivra. C'est exactement à ce moment-là que j'apprends (dans Best comme toujours, ma seule lecture musicale de l'époque) la sortie de "Dreamtime", leur nouvel album. Je pris le train en marche. Lors d'une sortie à Bourges, chez le disquaire "La Galerie du disque", j'achetais la cassette. Cette sortie semblait bénéficier d'une promotion assez peu commune. Les Stranglers était mis en avant comme jamais. Cela me surprenait, moi qui les trouvait assez confidentiels. Chez le disquaire où j'avais trouvé l'album, il y avait des PLV avec le visuel de la cover, des hommes, plutôt "primitifs", marchant au coucher du soleil. Best annonçait la sortie, il y avait des placards de pub, et les interviews pleuvaient. Mon père trouva même un document annonçant la retransmission d'un concert du groupe au cinéma d'Aubigny sur Nère, c'est dire... Je fus d'autant plus surpris, qu'un titre tiré de l'album "Always the sun" devint un tube radiophonique. Les Stranglers devenait un groupe "mainstream" ? Je n'avais pas encore ce modèle de penser, celui de fuir systématiquement la musique à succès, mais ça commençait à m'émouvoir. Les Stranglers au Top 50, ça devenait gênant. J'avais entretenu avec ce groupe une telle intimité, que tout à coup je me sentais déposséder.

Avec "Dreamtime", les Stranglers ont franchi le Rubicon pour moi. L'album me plaisait, mais je le trouvais trop policé, trop parfait, trop Pop, trop soigné. Les morceaux étaient bien léchés, et avait un parfum de hits à chaque recoin. Le "Rattus norvegicus" me semblait bien loin, même "La Folie". Il s'était passé quelque chose. J'étais en 3ème, et dans ma classe il y avait Lionel, punk dans l'âme, venu de Lyon. Nous avions une passion commune des Stranglers. Il rejetait en bloc ce "Dreamtime", le considérant comme un disque commercial, sans charme. Il m'expliquait qu'ils avaient vendu leurs âmes au diable, et que la seule œuvre qu'il fallait retenir était "Rattus norvegicus". J'étais pas loin de penser comme lui. Même si j'essayais de lui expliquer que "La Folie", c'était pas trop mal non plus.

C'est à ce noël 86, que j'eus en cadeau ma première platine vinyl. Dans "Au commencement", j'en parlais déjà. Ma mère m'acheta 4 vinyls, dont le "Feline". Ce disque était justement le successeur de "La folie", de 82. La pochette ne m'inspirait pas. Mais alors le contenu... Les Stranglers confirme leur métamorphose sonore. "Rattus norvegicus" est toujours à des années lumières. "Feline" est rempli de douceur et de mélancolie. C'est un disque fascinant et envoutant. Cornwell n'hurle définitivement plus, Greenfield joue du synthé, la batterie est électronique, et la basse de Burnel est plus ronde. L'album est particulièrement sophistiqué, et à cette époque je l'utilise quasi quotidiennement pour m'endormir le soir, et mon père vient m'éteindre la chaine, alors que je suis depuis longtemps dans les bras de Morphée. Mais il ne faut pas penser que cet album est juste une boite à musique idéale pour adolescent en manque de sensation. Les Stranglers sont toujours aussi perturbés, et derrière cette mièvrerie revendiquée se cache une perversité sous-jacente. Les morceaux sont sombres, les climats, les ambiances et les textes confèrent à "Feline" un parfum romantique éblouissant. Quelques temps plus tard, ma mère m'acheta "Aural Sculpture", ma discographie n'en finissait pas de croître et là je comprenais mieux "Dreamtime". Les Stranglers avec ce disque basculaient totalement dans la Pop. Les cuivres apparaissaient, les morceaux devenaient plus standards, la production propre. Un album marqué par son époque, un côté New Wave mainstream, froid et élaboré, qui n'était pas pour me déplaire (en bon fan de Duran Duran, Tears for fears ou Talk Talk par exemple...).

Entre temps, j'eus encore par ma mère (elle avait trouvé le filon) la compilation "Off the beaten track" en cassette. Là c'était plus hétéroclite. Elle balayait large, et je découvrais des inédits (pour moi) comme "Love 30", un morceau électronique ambient de premier choix.

Vers mes 16 ans, en été, nous sommes partis dans le Pays Basque. A la montagne. A la Pierre St Martin. C'était une station de ski, qui à cette saison était assez peu fréquentée. La plupart des appartements étaient fermés, et les quelques touristes qui venaient là, utilisaient ces logements comme base arrière de leurs multiples randonnées. C'était le calcul de mes parents. Le soir je me baladais dans ces dédales de bâtiments vides, inoccupés, imaginant la ferveur des lieux en hiver. La randonnée ne m'intéressait qu'assez peu, et je cherchais désespérément des adolescents comme moi qui auraient atterri dans ce coin, par hasard.

Je trouvais mon bonheur en rentrant dans un petit bar qui était ouvert, comme par miracle. Le son qui y était diffusé m'interpella. Il n'y avait pas grand monde. La tenancière était une jeune femme, qui devait avoir 30/35 ans et elle était accompagné d'un jeune homme qui devait avoir dans les 18/20 ans. Ils discutaient, tout en écoutant de la musique et en fumant des clopes. Je suis revenu plusieurs fois, en fin d'après-midi et peu à peu je commençais à m'entretenir avec eux. Je devenais un habitué. Le gars tenait la boutique de sport, dans la galerie commerçante. C'était le seul commerce ouvert avec ce bar. La gérante, elle était d'Orthez, et avait pris ce troquet en gérance pour la saison. Je ne sais pas si c'était une bonne idée, car la fréquentation du lieu était très aléatoire. Mais du coup nous passions du temps ensemble, à fumer, boire des coups (du cidre fou) et à discuter musique. Ce qui nous avait rassemblé était les Stranglers. Ils écoutaient le groupe, et "Rattus norvegicus" revint à la surface. Le gars l'avait en cassette. Je lui fis enregistrer l'album sur une face d'une cassette de 60 minutes. Sur l'autre face il me copia un album de The Lords of the New Church avec le fameux "The night is calling", que je ne connaissais pas (ma chanson de l'été 86). Qui l'eut cru ? Qu'au fin fond des Pyrénées, je remettrai la main sur ce prodigieux disque. Mon séjour devint bien plus agréable. Je prenais de plus en plus le large vis à vis de mes parents et de leurs programmes de randonnées. A leurs grands regrets... Je passais mon temps dans ce café. Gabrielle la gérante me fit découvrir Television et leur "Marquee moon", Yellow aussi, et pleins d'autres choses dont je n'ai plus le souvenir. J'allais l'aider quand elle recevait parfois des cars de touristes qui s'étaient perdus dans le coin. Mon premier petit boulot, où je ramassais les pourboires. Nous avions fait une soirée même, où quelques types avaient déboulé, dont mes parents d'ailleurs. On avait diffusé "Rattus norvegicus". De retour chez nous, j'écoutais inlassablement ma cassette qui se finissait trop tôt, en plein "Down the sewer" et cela me ramenait invariablement à ces moments passés dans ce petit café.

Un peu plus tard, je me souviens d'avoir trouvé par hasard à Millau, au cours d'une balade dans la ville, dans un bac, dehors, d'un disquaire qui n'existe plus depuis longtemps "Black and white". Là je retrouvais les Stranglers des débuts, en plus expérimental. Je mis plus de temps à en apprécier toute la saveur. Aujourd'hui c'est sans doute un de ceux que je préfère.

Au fil du temps, je me constituais ma collection en vinyl. Je finis par trouver "Rattus norvegicus" en Lp, puis "No more hereos", "The Raven" mais aussi "Dreamtime" et "Off the beaten track"(que j'avais en cassette et dont j'ai dû me séparer). "Dreamtime" étant la dernière référence du groupe valable à mes yeux. Bien sûr depuis l'époque où j'ai découvert "Rattus norvegicus" et aujourd'hui, ma connaissance du groupe, de sa discographie, de son histoire s'est largement développée. La période où j'avais l'impression d'être seul à écouter les étrangleurs me paraît bien lointaine et illustre parfaitement les années écoulées. Le groupe continue ses pérégrinations, sans Cornwell, sans Greenfield aussi (disparu en 2020). Ils étaient dernièrement en tournée, Burnel était invité sur France Info "Au monde d'Elodie" pour promouvoir un nouvel album. Je n'ai pas eu le désir d'écouter, à tort peut être. The Stranglers reste à jamais ce groupe qui m'a fait basculer dans le monde de la musique alternative, avec cette discographie (77-86) élaborée pas à pas, petit à petit, et je n'ai pas la volonté d'aller au-delà.


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