top of page
Rechercher
  • kocat

Pourquoi Duran Duran n'est pas un groupe de merde…?

Dernière mise à jour : 27 avr. 2021

Avant The Cure, il y a eu Duran Duran pour moi... The Cure, je l'ai déjà écrit ("Au commencement (suite)"), j'ai découvert ça à mes 13 ans, en 4ème, avec "The Head on the door" et mes premières lectures de magazines musicaux (Best)... Ce fût une révélation. Je découvrais le terme "New Wave", c'était en 85. A cette époque-là j'étais scolarisé au collège public de Quissac, du temps où il était implanté sur cette espèce de champ de foire, composé de préfabriqués miteux...

Je vouais pour The Cure une passion sans limite, et je m’identifiais à mes idoles (vestimentairement bien sûr, et capillairement aussi) ... C’était sur la fin de ma 4ème, nous n’étions pas très nombreux à s’intéresser à eux, et je me sentais quelque peu esseulé. Je n’avais personne avec qui partagé cela (tous les autres naviguaient à l’époque plutôt sur les registres de Goldman ou Balavoine). Je découvrais subitement ce sentiment étrange, d’être un peu original.

Néanmoins cette année-là (de 4ème), ma mère m'avait acheté une cassette de Duran Duran, je ne sais plus à quelle occasion (un noël je crois). Elle avait exaucé un souhait que je lui faisais depuis un moment, avoir un disque du groupe de Birmingham, les « Fab five ».

Il s'agissait du disque "Arena", présenté comme un disque live du groupe, mais qui a plutôt un air de disque "Best of", avec tous leurs succès des premières années (81-83).

Duran Duran j’avais découvert ça plus jeune encore, grâce aux radios FM. Je devais être en 6ème, voir un peu avant (vers 81). J’étais un mordu de ces nouvelles radios, dites libres. C’est mon frérot Eric qui m’avait orienté vers ça, et nous écoutions toute la musique du moment. On faisait des cassettes, compilant tous les hits. Duran Duran bien sûr y occupait une place singulière, grâce à l'enchaînement de leurs nombreux tubes. J’ai évoqué également ce fameux tee shirt à l’effigie des « Fab Five » de mon frérot, que je jalousais secrètement.


Je crois que le premier titre du groupe que j’ai pu entendre sur les ondes était "Planet Earth", tiré du premier album éponyme. Je ne connaissais rien d’eux, qui ils étaient, d’où ils venaient, à quoi ils ressemblaient. Mais ce single à cette époque-là m’avait enflammé… Une intro avec un « son aérien » (je ne savais pas encore que c’était du « flanger ») et une rythmique à couper le souffle (une ligne de basse incroyable, mais je savais pas encore ce qu’était une basse). C’était drôlement remuant, et ça donnait irrémédiablement envie de bouger le corps. Je ne fonctionnais qu’aux « singles », je ne savais absolument pas à quel album cela se rapportait, je ne savais d’ailleurs pas trop ce qu’était un album.

Durant ces années, Duran Duran a aligné les tubes, et j’ai commencé à découvrir leurs «ganaches », d’abord grâce au tee-shirt de mon frérot et puis après avec les unes qu’ils faisaient régulièrement des revues pour ados : Podium, Salût !, OK !, plutôt une presse féminine du coup. Leur look, leur accoutrement et leur dégaine générale, me plaisaient particulièrement, et m’interpellaient. Ce côté androgyne assumé (coupe de cheveux, maquillage) et ces vêtements faits de bric et de broc (entre tenue de libertins et de pirates, très XVIIIème finalement, et chose plus contemporaine) me fascinaient tout bonnement. C’était le courant « Nouveaux romantiques » et ça ne s’appelait pas encore comme ça. Nous le vivions. La mode était celle-ci : chemise à jabot, botte, pantalon bouffant, de Boy George (et ses Culture Club) en passant par Soft Cell ou Visage, c’était l’inspiration du moment : de Vivienne Westwood à Galliano… Duran Duran était alors très populaire, et ils généraient chez les fans une hystérie, que l’on pouvait rapprocher de celle que les Beatles pouvaient engendrer en leur temps, d’où le nom de "Fab Five" (en comparaison au « Fab Four ») dont la presse les a affublés… Les revues pour midinettes de l’époque se délectaient de la moindre anecdote concernant le groupe, et ne s’intéressait finalement qu’assez peu à leur musique. Pourtant ils enchaînaient les succès, de 81 à 84 : "Hungry like the wolf", "Rio", "The Chauffeur", "Save a prayer", "Union of the snake" (qui fait penser au "Let’s dance" de Bowie et dont ils se sont effectivement inspirés) et puis les deux énormes "The reflex" et "The wild boys". Duran Duran est devenu un groupe de stade, réunissant les foules, un truc complètement dingue générant une ferveur collective qu’il est difficile à mesurer aujourd’hui.


De mon petit trou, je ne me rendais pas vraiment compte de tout ça. J’aimais beaucoup ces chansons. La voix de Simon Le Bon me filait des frissons, et leurs mélodies résonnaient en moi… Je trouvais ça classe, à la fois mélancolique, et souvent percutant et dansant. Je ne me l’expliquais pas, je ne le raisonnais pas, c’était ainsi. Bien souvent, il est difficile de parler de ces souvenirs d’enfance, même en matière musicale. Les gens éprouvent un peu de honte quand il s’agit d’évoquer ce que l’on écoutait enfant. On met ça souvent sur le compte de l’immaturité, et sur le mauvais goût qui caractérise cette période. On a du mal à se justifier. Surtout quand de l’eau a coulé sous les ponts et que l’on se sent au-dessus de ça depuis désormais longtemps. Il n’y a rien de pire que de se croire sorti de la cuisse de Jupiter, on manque souvent de sincérité. Pour ma part je n’en ai aucune (la honte), et Duran Duran est un souvenir vivant, vivace, et pleinement assumé. J’affirme même que sans eux, je n’aurais sans doute jamais connu The Cure (ou Depeche Mode aussi) et tant d’autres choses.

Ce sentiment (de honte) des gens à l’égard des Duran Duran est aussi sans doute le produit d’un certain "sabrage" systématique de la part de la presse musicale, qui plus est la presse musicale française. Cette dernière n’a jamais pu encapé le groupe. Elle l’a très rapidement descendu en flèche, le catégorisant rapidement dans les rangs de "Boys band" ridicule et mauvais. La presse dominatrice de cette époque (Best ou Rock’n’folk) ne s’en est jamais caché. Elle a vomi sur eux, avec régularité, répugnant leur look et leurs compositions… Je n’ai jamais compris un tel acharnement. Duran Duran est devenu au fil du temps, pour l’intelligentsia principalement, un groupe ringard, de très mauvais goût, le summum en quelque sorte de la médiocrité dans la musique (ils ne sont pas seuls bien sûr). Je ne m’explique pas réellement cet état de fait. Leur popularité, sans doute y a joué. Leur attitude aussi, les thématiques des chansons aussi, leur impact auprès de la jeunesse (notamment féminine), aussi, engendrant une forme de "jalousie" de la part des "bien-pensants" de l’époque. Au fil du temps, dire que l’on aime Duran Duran est devenu quelque chose d’impensable, sous peine d’être cataloguer comme le plus grands des beaufs que la terre est jamais portée, le plus débile qu’il soit. Ceci n’a jamais cessé. Duran Duran suggère toujours autant de répulsion, y a qu’à voir les forums sur le net, et les papiers des journaleux, qualifiant la musique de Duran Duran comme l’une des plus odieuses du siècle dernier, et de celui-ci aussi (puisque le groupe est toujours actif). Nicolas Ungemuth, qui écrivait dans Rock’n’Folk et Le Figaro (c’est dire) a même signé un papier je ne sais plus quand, 2003 je crois, sur les 40 pires groupes du rock. Duran Duran y figurait, en bonne place : « En mélangeant du très mauvais funk, un zeste de Roxy, et un brin de Bowie période "Young Americans", et en s'habillant comme des femmes de ménage anglaises, les Duran Duran ont touché le jackpot dans les années 80..."… Tout est dit. Philippe Manœuvre (le rédac historique de Rock’n’folk ) disait en intro au sujet de ce qu’écrit son collègue : "Dans des notules burlesques écrites d'une plume trempée dans le proverbial vitriol, Ungemuth le polémiste pointe l'endroit où le bât blesse. Toto, Yes, Duran Duran ou The Police, était-ce bien raisonnable?".

Pourtant depuis quelques temps, on voit les choses qui évoluent peu à peu. On assiste à une forme de légère réhabilitation. Certains journalistes redécouvrent la musique du groupe, et la défendent. Bien sûr cela reste assez timide… Dans Magic ! par exemple, où pour la sortie d’un coffret en 2003 des singles du groupe, un type écrit (je ne sais plus qui) : « Duran Duran est un groupe mésestimé. Injustement mésestimé. Voilà. C’est dit. Pire, c’est écrit. N’en déplaisent aux Ayatollahs du bon goût – ou auto-proclamés comme tels – et autres plaisantins à l’humour forcément désopilant (“Arf, t’as entendu le dernier Dupont Dupont”). Certes, force est de reconnaître que pour arriver au constat préliminaire, il convient de faire quelques efforts. ». On sent quand même une certaine gêne à écrire ça, une certaine culpabilité… Ce n’est pas totalement assumé. On aime, mais il ne faut pas le dire trop fort. Un gars est passé au-dessus de tout ça, il s’agit de Sébastien Bataille. Celui-ci y a consacré même un livre "Duran Duran : les Pop modernes". C’était en 2012, et il accompagne la sortie de son livre avec la remarque suivante : "le livre que les rock-critics aimeront détester". L’auteur avec cette biographie unique (en français qui plus est, et adoubé par le groupe lui-même), revient sur le parcours du groupe avec une somme d’informations colossale, revendique son intérêt pour ce dernier, et nous apporte un éclairage original. Par ailleurs l’auteur évoque régulièrement le sujet sur son blog. Il fait bien entendu la promotion de son ouvrage, mais délivre des informations sur les musiciens, leur actualité et recense les points de vue positif, glanés ici ou là… Un exemple de commentaire : « Pour tout savoir sur Duran Duran (et plus), c'est ici et nulle part ailleurs (et surtout pas dans la presse "culturelle" française de l'entre-soi) ». Bataille a fait le choix de défendre l’indéfendable, seul contre tous (la presse bien-pensante) et surtout de valoriser l’aspect artistique.

Bien entendu je salue une telle démarche, et m’en sens très proche. J’invite les curieux à découvrir ce livre, au ton désinvolte et plein d’humour. On apprend beaucoup de choses, sur le groupe, mais également sur leur processus de création, le monde de la musique business, il fourmille d’anecdotes.

Bataille écrit sur son site, je cite : « Le dernier Libertines, le nouveau New Order, albums de la rentrée ? Non point. Sans doute pour Les Inrocks et consorts, mais pas pour les oreilles vivantes, incorruptibles, insoumises et affranchies de la hype suprême. Le renversement des valeurs ne peut inverser le cours naturel des choses (et la courbe du chômage), cela se vérifie aussi en musique. « Il y avait des choses qui me hérissaient profondément autrefois comme Queen ou Duran Duran. Bizarrement, j’aime les réentendre aujourd’hui, ça m’amuse. Je dirais même que ça me touche d’une certaine façon. Oui, je crois que la musique qu’on a détestée vieillit mieux que celle qu’on a aimée », ce n’est pas moi qui le dis, ces propos émanent en effet de notre éminent docteur ès sciences de l’histoire musicale du XXème siècle (et plus), notre Michka Assayas national, dans son Nouveau Dictionnaire du Rock. Pour ma part, j’ai toujours adoré ces groupes honnis des rock-critics … ».

On le voit encore Assayas a du mal à dire que Duran Duran fait de bonnes chansons, et mise plutôt sur une bonification avec le temps. Un peu comme les vins. On apprécie davantage ce que l’on détestait par le passé. Une drôle de façon d’appréhender la musique. Je ne partage pas ce point de vue. Il y a dans ce positionnement, une propension à aimer quelque chose du passé, par fidélité et par nostalgie, comme par condescendance, avec le temps on excuse tout. On aime la musique sur laquelle on a dégueulé invariablement, parce qu’elle nous renvoie à notre enfance ou notre jeunesse dorée, un peu comme ces fans des années 80, qui nous expliquent que c’était la meilleure période de l’histoire… Tout ceci n’a aucun sens. On en oublie l’essentiel, la musique… Perso je n’ai jamais aimé Queen (même si mon copain Fabien a bien essayé de me faire changer de point vue vis-à-vis du groupe de Mercury), Genesis ou Foreigner (ce qui n’empêche pas que des gens apprécient), et avec le temps je n’ai jamais réussi à évoluer sur cette question. Duran Duran est un groupe qui a une longévité conséquente, et il faut bien avouer que je ne connais parfaitement, que pour l’essentiel, les débuts du projet, en gros de 81 à 88. La suite jusqu’à nos jours, je maîtrise assez mal. Même si je m’emploie depuis quelques temps à combler le manque. Je découvre donc leur discographie plus récente. Ils restent pour moi, l’un des fers de lance de cette New Wave populaire et pour certain "mainstreem" (avec quelques autres comme Tears for fears, Visage, Orchestral Manœuvre in the Dark, Talk Talk, Depeche Mode…). Ils ont indéniablement, à mon avis, participer à l’invention d’une esthétique musicale, mélange improbable de sonorités funk (dans le sillage de Bowie), Pop, Musiques électroniques, Synth-Pop et New Wave donc. Duran Duran vient du punk, et oui, nourri au Glam-Rock (Roxy music, Brian Eno) et aux expérimentations électroniques. On retrouve dans cette lignée des choses comme Ultravox (à suivre aussi le projet de John Foxx), Spandau Ballet (Le terme « Nouveaux romantiques » est apparu sous la plume de Richard James Burgess, producteur du groupe), Landscape, Comateens, ABC...



Pour l’histoire du groupe, je renvoie au livre de Sébastien Bataille, qui sera le complément idéal de ce petit papier… Vous serez tout sur la genèse du projet, la rencontre de Nick Rhodes et de John Taylor en 1978, le premier chanteur Stephen Duffy (The Lilac Time et bien d'autres projets, qui retrouvera Nick Rhodes, le temps d'un album en 2002, sublime avec The Devils) et l’arrivée progressive des autres musiciens pour asseoir la formation définitive : Simon Le Bon, Andy Taylor et Roger Taylor, la signature chez EMI et le premier album, avec le succès populaire que l’on connaît (aux Etats Unis en 83, pour la réédition). Les 5 musiciens sont donc de Birmingham, la ville grise et charbonneuse, que les gens connaissent depuis un peu mieux avec Peaky Blinders. Cette ville a vu naître bien des groupes, de Black Sabbath en passant par Broadcast, Au Pairs, Pram, Scorn (Mike Harris), Fine Young Cannibals, The Beat, Dexys Midnight Runners, UB40, dans des registres variés donc… Le nom du groupe est tiré du fameux film, un peu barge : "Barbarella" de Roger Vadim avec Jane Fonda. C’est le nom du savant fou interprété par Milo O'Shea ("Electric Barbarella")… Ceci témoigne d’une certaine inclination du groupe pour des références multiples et complexes. Bataille illustre bien dans son livre cet aspect, Il apparaît finalement que les Duran Duran ne soient pas que des playboys écervelés, que l’on nous a souvent présentés comme tel…

De manière globale, Duran Duran, dans l’esprit des journalistes et des auditeurs, est perçu surtout comme un groupe commercial, vendant des millions de disques (100 je crois) … C’est un argument souvent avancé à leur égard. N’y allons pas par quatre chemins, la musique commerciale est perçue comme de la daube, bien souvent. Le fait d’être apprécier par des flopées de gens excèdent le rock-critic et le stakhanoviste de tout poil. C’est une posture quasi obligatoire. On déteste de manière systématique. Ce qui est accessible par le plus grand nombre est considéré, forcément, comme quelque chose de facile, présentant bien peu d’intérêt. C’est tout le débat sur "la culture populaire" et son glissement vers "la culture de masse". De plus, d’un point de vue artistique, on a reproché au groupe de suivre les tendances et de courir irrémédiablement après les "charts" en essayant de faire comme… C’est possible, je n’ai pas d’avis sur la question, véritablement, je ne connais pas assez la discographie, au-delà de 1988. J’ai bien entendu quelques morceaux de "Paper Gods" leur dernier opus, mais je n’ai pas d’avis définitif. Il me faudra creuser le sillon… C'est d'ailleurs ce que je fais, depuis la finalisation de ce papier (l'album "All you need is now" par exemple est très intéressant). Néanmoins peut-on reprocher à un groupe de plus de 30 ans d’âge, de chercher de nouvelles voies, de s’inspirer de ce qui se fait, de trouver de nouvelles "respirations". Peut-on pour autant les qualifier d’opportunistes ? Nous devrions le faire et le dire pour un grand nombre d’artistes, dans ce cas-là.


Pour moi Duran Duran, c’est du premier album jusqu’à "Big Thing". En sachant que j’ai totalement zappé "Notorious", dont je ne connais que le titre éponyme, qui ne m’avait guère enthousiasmé.

"Arena" constituait donc pour moi (sorti en 84), le disque parfait pour entrer dans l’univers du groupe, ma mère avait encore bien œuvré et ne s’y était pas trompé. Une sélection de tous les titres phares du début. Je l’ai à l’époque totalement "rincé" ce disque. Je l’ai écouté sans relâche, sur mon magnétophone, et combien de fois me-suis-je endormi sur "Save a prayer" ou "The Chauffeur". Ce dernier titre envoutant avec la voix de Le Bon déclamant "Sing Sing blue silver" et le solo d’ocarina… Ma madeleine de Proust ! Il est à noter que c’est un titre où le mot "The Chauffeur" n’apparaît jamais… Il y avait aussi sur ce disque un inédit "The Wild Boys", qui allait ensuite connaître un grand succès. Le côté live ne me dérangeait pas, il était très léger. On aurait plus dit qu’il s’agissait d’un disque studio auquel on avait rajouté quelques séquences de public par ci par là. J’ai appris que c’était bien un peu le cas, plus tard. Et bien sûr cela leur a été reproché… Les versions des titres sont légèrement différentes des titres des albums respectifs. Le son y est très produit et puissant. Je me régalais… Ce disque a subi de nombreuses critiques négatives... Je crois que c'est un de ceux de leur discographie qui l'a été autant (mis à part l'album de reprises "Thank you"). Après "Arena", j’ai découvert donc les albums un par un. Et j’ai retrouvé ainsi les titres que j’entendais à la radio et des morceaux que je ne connaissais absolument pas.


Sur le premier Lp : "Planet Earth" bien sûr, mais aussi "Girls on film", "Careless memories", la basse folle sur "Night boat", ou le très Cure "Sound of Thunder" ou le très Bowie "Friends of mine", puis le second "Rio" avec le titre du même nom (repris par Nirvana), "The Chauffeur", "Save a prayer" , "My own way", puis le troisième "Seven and the ragged tiger"… Tout s’est construit avec ces trois disques. J’avais apprécié les singles à l’époque, je découvrais les albums et leur cohérence. De la New Wave léchée, avec un côté Pop unique en son genre. Des chansons aux mélodies imparables et des textes pas si idiots que ça… Une attitude pas non plus si policée que ça, un brin provoquante, avec des visuels, des thèmes, bien avant le Hip Hop, sur la gente féminine, la superficialité de la société, et sa consommation outrancière et ses excès, rien que de très rock’n’roll finalement (le groupe a eu de sérieux problèmes avec la dope et l’alcool d’ailleurs). Duran Duran a aussi très tôt utilisé le média vidéo, à peine émergeant à l’époque. Ils en ont sorti quelques-unes assez sulfureuses, au point d’être censurées, comme celle de "Girls on film" et ses nanas nues dansant. Le groupe est assez cinéphile, et entretient des liens étroits avec le 7ème art, je pense à leur collaboration avec John Barry pour James Bond et ce titre "A wiew to a kill"… David Lynch a même réalisé un film sur eux en 2011, et bien sur quelques titres ont illustré certains films.


En 1988, j’ai écouté "Big Thing", période où le groupe s’est réduit à 3 membres : John Taylor, Nick Rhodes et Simon Le Bon… J’ai rapidement senti une volonté des musiciens de s’ouvrir à de nouvelles veines. De par le fait sans doute qu’ils traversaient une première crise intestine, ils ont eu à cœur de faire évoluer leur son. Le titre "All she wants is" en est l’illustration. Quand j’ai écouté ça, j’étais plus vieux (lycée), et j’ai pris ce titre en pleine figure… On aurait dit du Depeche Mode, en plus acid-house… ça claquait véritablement… C’était très efficace et toujours aussi provoquant… Nous étions qu’au début de ces musiques électroniques, et Duran Duran prenait le train en marche. C’était somme toute assez logique. Nick Rhodes et ses claviers avaient très largement expérimenté dans ce domaine, et cette fois-ci la technique du sampling amenait quelque chose de supplémentaire. On sent en tout cas à travers ce disque une volonté de renouvellement et de surprendre les auditeurs… Le groupe le considère comme leur "Sergent peper"… Et c’est vrai qu’il est étonnant… Un journaliste de Guitare&claviers résume bien la chose : « Ce Big Thing est aérien, léger, travaillé, vraiment chiadé [...] Après les deux premiers morceaux qui traînent là pour rassurer les fans, l'oreille de chien battu de l'auditeur se redresse et reste dressée jusqu'à la fin de l'album. [...] Les Duran se sont jetés avec gourmandise sur les derniers raffinements de la technique, comme en témoigne le sampling “ahans-de-fille-excitée” sur « All She Wants Is » ou le chant des baleines sur « Palomino », la plus belle chanson du disque : une chouette ballade avec un pont au synthé genre “piano préparé” à la John Cage ». Le disque a parfois un côté un peu trop "dance", mais dans l’ensemble il reste intéressant, surprenant, et éclectique.


Il paraît que la princesse Diana était une grande fan du groupe. On est content de le savoir… Il me tenait à cœur d’essayer de montrer en quelques mots, que ce n’était pas qu’un projet de pacotille, aux paillettes étincelantes… Duran Duran est un groupe qui a composé de très bons morceaux, avec une discographie reluisante. S’ils avaient signé sur Mute, rien ne serait pareil. A la manière de Depeche Mode justement. Malgré cette image de groupe de "ringards" pour ringards, Duran Duran existe toujours, et a traversé les époques. On en parle (enfin un peu moins aujourd’hui) et ils suscitent encore de l’intérêt, à chaque sortie de disque, faisant couler encore un peu d’encre. Les gens qui les détestent en parlent, ce qui est un signe. Leur longévité témoigne d’un fait, celui que le groupe a réussi à se renouveler sans arrêt. Duran Duran est composé de musiciens particulièrement inventifs et autodidactes. La base initiale composée de Nick Rhodes et John Taylor est la tête pensante du projet. Taylor est un bassiste génial (au tout début il est guitariste), on ne peut pas le nier. Quant à Nick Rhodes derrière ses claviers est un compositeur créatif, touchant à tout, et curieux de tout. A eux deux ils ont bâti le son Duran Duran. L’arrivée de Le Bon parachèvera le projet, avec sa voix unique sensuelle, haut perchée, finalement assez féminine. Les compositions, outre le fait qu’elles sont systématiquement mélodiques, s’illustrent aussi par leurs caractères innovants et avant-gardistes. Qu’elles soient dynamiques, suaves, sombres, légères, leurs chansons sont pour la plupart des écrins, à qui veut bien se laisser tenter. Tout y est : New Wave, Dance, Electro, Pop, Funk et Duran Duran est un formidable catalyseur et un projet hybride passionnant, générant une bien singulière alchimie. La musique a ceci d’essentiel, c’est qu’elle est primaire. Elle crée de l’émotion, et il n’y a pas besoin de mots. Le groupe britannique a cette force et c’est inexplicable.


Bien avant le Hip Hop (qui n’en était qu’à ses débuts), Duran Duran est arrivé avec leur look invraisemblable et leurs chansons, et ont été très vite catalogués de « sexistes » : Hungry like the wolf" et ses gémissements (repris par Hole), "Girls on film" et la liste serait longue… Les gars avaient une apparence d’homosexuels et ils se trémoussaient avec des nanas dénudées de toute part, et en plus ils étaient adulés par des adolescentes. C’était trop… Duran Duran cumulait le talent, l’énergie, la transgression, la provocation, la séduction, de quoi en faire des icônes de la musique… Un album est annoncé en 2020 (2021 maintenant) et leur maison disque résume la nouvelle : "En tant que brillants auteurs-compositeurs et pionniers des arts visuels, l’approche originale et distinctive du groupe a continué d’influencer les générations successives d’artistes…".


Aimer une musique, un groupe, un artiste est très personnel. Cela n’a rien d’objectif. Il n’y pas de règles sur la question, ni de code du "bon goût". J’enfonce des portes ouvertes, mais on l’oublie quelque peu. La presse musicale qui traverse de grosses difficultés devrait en tenir compte. Leur rôle de prescripteur est obsolète ou presque. Il est fini le temps où ils faisaient la pluie et le beau temps, et où ils arrivaient à faire ou défaire la vie d’un disque. Il n’y a que les artistes encore qui courent après les 3 f de Télérama, ou d’une bonne chronique dans les Inrocks. Je ne vous parle même pas de Rock’n’folk… Désormais la prescription se fait partout, par tout le monde (sur le net), même s’il existe bien sûr encore quelques fanzines. Alors je le dis, je l’écris, non Duran Duran n’est pas un groupe de merde, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Simon Le bon prodigue d’ailleurs un conseil (auto dérisoire), pour aimer la musique du groupe, il faut boire deux bouteilles de vin au moins…

Pour Duran Durand, avec tout mon amour…

*A noter que je n’ai pas eu l’occasion d’écouter également les projets annexes des différents membres : Arcadia et The Power Station… Un manque à combler… Depuis c'est fait : The Power Station, vraiment pas terrible, Arcadia, du tonnerre, j'y reviendrai dessus.

* Procurez vous le superbe disque des The Devils "Dark circles", sorti en 2002, fruit de la collaboration entre Stephen Duffy et Nick Rhodes, sans doute le meilleur side-project Duran Duran. Sorti en Cd uniquement.

* Par ailleurs sur la toile si vous arrivez à trouver les 7' split Duran Duran/Talk Talk (Italie) et Duran Duran/Kraftwerk (Japon), faites moi signe...





> Le blog de Sébastien Bataille : http://aurayoncd.blogspot.com/




631 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout
Post: Blog2_Post
bottom of page