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  • kocat

Pourquoi j'évite d'acheter des disques à la Fnac, Amazon et consorts ?

Dernière mise à jour : 11 sept. 2023




Loin de moi l'idée de servir des leçons. Mais quand même un peu. De manière courtoise, et en toute humilité, tout de même. Ma fréquentation assidue des réseaux sociaux, combinée à mon expérience personnelle m'ont poussé à écrire quelques mots sur cet acte de consommation qu'est celui d'acheter des disques. Volontairement je ne parlerai que d'achat d'objets physiques, je mets en effet tout le numérique de côté. Cet aspect-là sera traité ultérieurement (c'est presque prêt, ça va venir) dans un article consacré à ces "nouveaux formats" et plus particulièrement le streaming.

Pour la petite histoire, je n'ai connu la fnac qu'assez tardivement. Vers mes 13 ans. Avant, je n'en avais jamais entendu parlé. Il faut dire que j'habitais des bleds, loin de tout, et quand nous allions à la ville avec mes parents, à cette époque-là "l'agitateur culturel" n'avait pas encore un réseau très développé. Les villes moyennes n'étaient pas encore investies, cela n'était pas encore dans leur stratégie. C'est en montant sur Paris, pour la première fois de ma vie (j'ai déjà raconté), rejoindre ma mère (en TGV orange au départ de Nîmes), que j'ai découvert l'enseigne. Aux Halles. Et c'est là que j'ai chopé la cassette de "La Folie" des Stranglers. La quantité de disques étalée m'avait impressionné. Beaucoup de cassettes, des vinyles bien sûr (mais je n'avais pas de platine encore) et quelques Cds qui commençaient à prendre de la place. Je n'avais pas encore mis les pieds chez un disquaire indépendant et les seules fois où j'avais acheté des skeuds, c'était en supermarché. Alors j'étais presque hébété par une telle profusion, heureusement que je n'étais pas encore très "connaisseur", sinon je n'aurai pas su vers quoi porter mon choix. En 85, les Stranglers était le groupe que j'avais dans la peau, "Rattus Norvegicus" était passé par là. Plus tard j'ai découvert les disquaires, d'abord et en toute logique ceux de mon coin. Musica à Vierzon (le premier, vous savez là où j'ai chopé le 1er Fine Young Cannibals et le 1er The Prisonners) et puis la Galerie du Disque à Bourges. Là, dans ces lieux, je trouvais des choses plus précises, que je notais dans mes carnets suite à mes lectures assidues de Best. J'avais mis un peu de temps à rentrer dans ces boutiques, elles m'impressionnaient. J'avais peur de me faire sauter dessus, ou que l'on me pose des questions auxquelles je n'aurai pas su répondre. En comparaison la fnac me paraissait bien plus anonyme, comme un supermarché culturel finalement, dans lequel je disparaissais parmi tous les autres. Un endroit en quelque sorte, plus rassurant, pour moi, plus anodin, moins typé. En même temps je continuais à aller dans les grands magasins, où les rayons disques étaient encore importants, genre des têtes de gondoles CBS, où on pouvait trouver des skeuds intéressants. D'ailleurs c'est dans ces lieux que j'ai commencé à sévir, en piquant des cassettes, je pense à celle d'XTC et leur "Mummer" aux Nouvelles Galeries ou une de Gary Moore à l'Hypermarché Record de Bourges où j'ai eu moins de chances, puisque je me suis fait "pincer" (mais ça fera l'objet d'un petit papier un jour peut-être).

Vers mes 16 ans je découvre la fnac d'Orléans. Mais j'y vais rarement. On va là-bas avec mes parents, quelque fois, pour se balader à la grande ville, le samedi. Moins impressionnante que celle des "Halles", on y retrouve le même climat tout de même, une ambiance feutrée (avec leur moquette) mais aseptisée, impersonnelle. Je profite aussi de ces escapades pour découvrir les disquaires du coin. A quelques pas de là, justement, il y a "Planète claire", un disquaire indé bien plus achalandé que ceux que je fréquente habituellement. Ici, beaucoup de vinyles encore, alors que le Cd entame son hégémonie un peu partout. Au fil du temps et des années qui passent, partout où je me rends, je prends l'habitude de visiter les disquaires que j'ai repéré ou dont j'ai entendu parler. Je me rends également dans les fnac et autres Virgin Mégastore ou Gibert, mais je n'achète pas (ou rarement), je vole surtout. De Vierzon, Paris est très facilement accessible, je suis plus autonome alors je me fais des journées disquaires (New Rose, Dancetaria, puis plus tard U-bahn, Rough Trade, Bimbo Tower). C'est une époque (on est à la fin des années 80, au début des années 90) où je commence à "consommer" du skeuds de manière outrancière, maladive presque. Je lis, je m'informe, je découvre tous les jours, je construis ma discothèque. Du coup dans les fnac j'avais repéré que les Cds n'étaient pas si bien protégés. Cela durera quelques années. Ils se contentaient de mettre une étiquette de prix avec un antivol dessous et il n'y avait pas encore trop de caméra, juste des gars qui passaient (en uniforme ou parfois en civil). Quand je trouvais un disque qui me plaisait, j'arrachais l'étiquette dans sa globalité, et je le coinçais dans mon pantalon, au niveau de la ceinture. Si j'en avais plusieurs, j'en mettais derrière, puis dans les poches de mon manteau. Si j'en prenais beaucoup (j'ai dû monter jusqu'à 6 d'un coup), j'en achetais un, pas cher, en promo, histoire de ne pas éveiller les soupçons. Ce manège dura un moment, jusqu'à ce qu'ils modifient leurs protections. J'ai sévi essentiellement à Orléans et Tours, mais occasionnellement ailleurs. J'agissais sans vergogne. J'avais peu à peu scindé l'industrie de la musique en deux mondes, celui de l'indépendance et celui du "business". Une dichotomie assez peu originale, nourrie par mes lectures et mes choix esthétiques. Cette attitude, cet état d'esprit ne me quitteront finalement jamais, et même s'amplifieront progressivement. Je jugeais la fnac et tous ses concurrents, comme étant avant tout des porte-étendards de cette industrie musicale capitaliste, qui me faisait horreur. Je ne supportais pas leurs rayons "Indés", en me figurant qu'il n'y avait pour eux aucun état d'âme et qu'ils étaient prêts à ratisser large, au nom de l'enrichissement. Néanmoins, il faut bien avouer qu'ils pratiquaient des prix (prix vert) intéressants pour le consommateur. Mais j'avais aussi réalisé qu'ils étaient en train de mettre à genou toute une filière indépendante de disquaires qui ne pouvaient pas rivaliser avec ces mastodontes de la vente (vous savez bien on ne peut pas offrir les mêmes conditions, quand on achète deux disques, et que les autres en achètent des milliers). Alors à ma manière je les pillais. Et j'allais chez des disquaires trouver des pépites.


En arrivant à Rodez, jeune adulte, je constatais avec effroi le vide sidéral en termes de commerces culturels, notamment disquaires. En librairie il y avait bien la Maison du Livre (qui régnait sans partage sur ce secteur), mais pour le reste... Le disquaire de la rue l'Embergue avait plié boutique, il n'y avait plus que Gaubert Disques, qui vendait de la Hi-Fi aussi (et avec qui je tenterai des actions) et Nuggets (une enseigne nationale). On ne trouvait pas grand-chose dans leurs bacs, en tout cas, pas vraiment ce que je cherchais ou alors très épisodiquement. C'était désespérant. C'est pour ça que j'ai proposé à Gaubert de lui monter un rayon indé, et que la gérante tenta l'expérience. Celle-ci tourna court très vite avec l'arrivée de l'Espace Culturel Leclerc. C'était le temps où le Cds étaient devenus le format "maitre", Nuggets plia très vite, Gaubert fît un peu de résistance (avec la Hi-Fi), puis finit par capituler aussi, après deux générations passées sur le Piton. Mon point de vue vis à vis des grosses enseignes ne s'arrangea pas. D'autant qu'entre-temps j'avais mis sur pied mon label.

Dans l'article sur la distribution sur ce même site, j'aborde ce sujet plus profondément, mais en gros, me voilà confronté directement au monde de l'industrie et à ses turpitudes. A l'époque (fin des années 90), il n'y a plus que ces énormes enseignes sur la place. Les disquaires n'existent plus. Quelques-uns survivent, surtout dans les grosses villes. Pour le reste, la fnac est partout, même dans des villes moyennes. Dans les grosses villes, il y en a plusieurs, accompagné de Virgin, de Gibert, et les périphéries explosent de Cultura, d'Espace Culturel Leclerc. Les distributeurs, même indépendants du moment (Chronowax, La Baleine, discograph, Pias...) ne travaillent qu'avec ces "partenaires". Si vous avez un label, et que vous souhaitez diffuser vos productions, vous n'avez donc pas le choix. Il faut travailler avec le "diable". A partir de 2001 (soit 2 ans après la création d'arbouse), pour Bucolique vol.1 je travaille avec Chronowax, qui me place les disques. Le consommateur de musique ne se déplace plus que dans les grands magasins. Je découvrirai très rapidement le système des retours et surtout comment la fnac et consorts s'enrichissent sur le dos des labels et artistes. Leurs marges sont énormes, quand pour vous, tous les intermédiaires retirés, il ne vous reste plus que 5 € sur un disque vendu 20 € (ou un peu moins en prix vert ou nouveautés ailleurs), vous découvrez de près ces pratiques. Rien de nouveau, allez-vous me dire, et c'est vrai. Mais aujourd'hui c'est désormais inscrit, le monde économique fonctionne comme ça, dans tous les secteurs. Il n'y a même plus d'offuscations, à peine pour les agriculteurs (parce que c'est quand même eux qui nourrissent les gens (rires)...).



Par la suite les grosses enseignes ont pris cher avec la crise du disque, les consommateurs ont d'un coup trouvé que le prix du Cd était trop élevé, et surtout qu'ils avaient la possibilité tout à coup de télécharger tout ce qui sortait en un seul clic (c'est le temps du peer to peer, de Napster...). C'est la descente aux enfers. Les enseignes ne voient même pas venir la réhabilitation du vinyl. Les distributeurs se cassent la gueule, un par un. Des disquaires réapparaissent, surtout pour faire de l'occasion. C'est la débandade. La Fnac se met à vendre des robots de cuisine et des aspirateurs et rachète même Darty, on est loin de l'agitateur culturel d'antan. Le streaming s'organise. Deezer et surtout Spotify sortent leurs épingles du jeu. La fnac qui avait lancé sa propre offre, finalement jette l'éponge ou plutôt se rapproche de Deezer. Entre temps, voyant le regain du vinyl ne pas s'essouffler, toutes les enseignes (accompagnés par les industriels, maisons de disques notamment) se remettent à proposer du skeuds. Les rayons se remplissent à nouveau, de rééditions entre-autres, et bien sûr des productions actuelles. La norme est établie, le streaming et le vinyl en format physique. Le Cd perd peu à peu à son tour du terrain, relégué dans les bacs promotionnels, jusqu'à presque disparaître. Les disquaires indépendants encore une fois se font doubler par les gros, eux qui ont maintenu une filière qui était aux abois jusque-là. Ils ne peuvent pas jouer dans la cour des grands, impossible de proposer le même prix que chez les gros. Tous ces changements et ces phénomènes se sont organisés en très peu de temps, désarçonnant bon nombre d'acteurs.

Depuis de nombreux mois, le consommateur constate avec dépit la fulgurante montée du prix des vinyles, notamment dans les grosses enseignes. Si on peut comprendre que les disquaires qui tentent encore de vendre des disques actuels (ou des rééditions parce qu'ils ne trouvent pas d'occasions) pratiquent des tarifs élevés, du côté de la fnac (et tous les autres) on s'interroge. Bien sûr les évènements économiques, politiques ont servi cette cause. L'augmentation du coût de l'énergie ont fait bondir les prix de fabrication d'un vinyle, parait-il, on constate même vers 2020/2021 une raréfaction de la matière pour fabriquer le vinyle, nous dit-on. La répercussion est immédiate, et les maisons de disques décident de négocier leurs tarifs, les distributeurs (fnac et compagnie) n'ont pas le choix. Si désormais vous vous baladez dans les rayons de ces magasins, vous trouverez des disques entre 30 et 40 €, des rééditions de classiques (pas toujours réussies), et les prix peuvent monter bien plus haut. Il m'arrive très souvent de trouver chez un disquaire indé un original pour 10/15/20 €, et le même chez la fnac, réédité à 40/50 €. J'ai fait le test chez le fiston à Albi, petite ville moyenne.

La même chose bien sûr se produit sur le net et toutes les plateformes de ventes en ligne. Et tous y vont de la leur. Sans sourciller.

Dès lors convient-il de continuer à aller dans ces enseignes ?


Je ne comprends pas les consommateurs de musique. En fréquentant les réseaux sociaux, et en échangeant avec de nombreux "mordus" de musique je constate cette récurrence de ne pas trop s'interroger sur ses phénomènes et je suis effaré par la place que tiennent encore ces marchands de "produits culturels". L'auditeur, le passionné de musique est-il un consommateur quelconque ? Qui va au moins cher ? Qui n'est finalement pas "politisé"? Qui ne fait aucun sentiment et qui se fout de ce qu'il y a derrière un disque (artistes, label...) ? Je vois circuler souvent l'argument "l'essentiel c'est la musique...". Oui c'est l'essentiel, la musique, mais l'on ne peut pas balayer d'un revers de la main tout le processus de création des artistes et des labels, et l'ignorer froidement. Bien sûr je suis parti pris dans cette histoire, en ayant un label, en ayant été disquaire, mais tout de même cette position ne me semble pas dénuer de sens. Un disque ne s'achète pas en fnac ou sur Amazon. Cela devrait être un principe, au nom de la musique justement. Un disque devrait s'acheter directement auprès des artistes, ou du label qui les produit, ou du disquaire indépendant qui les diffuse. Il ne devrait pas y avoir d'autres alternatives, même au nom d'une diffusion plus massive (je sais que les artistes veulent être écouter par le plus grand nombre). Les grosses enseignes se gavent, littéralement sur le dos des créatifs, et ce n'est pas normal. Aujourd'hui les outils ont largement évolué. Il n'est difficile pour personne d'aller à la source (bandcamp, les sites des labels, des artistes eux-mêmes). Ce n'est pas une mode, c'est une évidence. Même si vous commencez une discothèque, et qu'il vous manque des "classiques", il est aujourd'hui aisé de trouver des originaux pour une somme modique à condition de chercher un peu. Et pour les nouveautés, je crois qu'il est aussi grand temps de sortir du fétichisme forcené du vinyle (sauf si l'on a du fric à dépenser). Le Cd c'est très bien. La facilité d'aller sur le site d'Amazon ou de la fnac ne tient plus. Même si vous le payez un peu plus cher (c'est à démontrer), il est préférable que les artistes, les groupes, les labels récupèrent la totalité de ce que vous investissez. C'est le juste retour des choses, comme on dit. Les intermédiaires ne sont plus nécessaires, sauf les disquaires, qui font un boulot de "passeur" essentiel dans ce microcosme. A ce sujet j'ai souvent rêvé de constituer un réseau de disquaires, qui auraient mis en avant mes productions. J'ai tenté le coup, mais cela nécessite du suivi, du sérieux, que je n'ai pas toujours eu. Rien de neuf, là aussi, depuis la révolution "Do it yourself" et le mouvement Punk se sont des pratiques courantes. Combien de groupes, labels ont privilégiés ces filières ? Maintenant, si l'on se réclame et revendique amateur de musique, on est en capacité de comprendre qu'il faut changer de paradigme. Qu'il n'est plus raisonnable de donner son argent aux gros groupes, aux grosses fortunes, aux plus riches, mais bien à ceux qui sont les acteurs de nos exutoires et nos passions. Il faut arriver à se détacher des injonctions marketing de ces structures, et apprendre à fouiner de nouveau, comme on fouine dans une brocante, chez un disquaire. Les opportunités ne manquent pas. De nombreux sites existent, proposant des disques a des prix raisonnables (momox, rakuten, discogs, ebay, vinted, le boncoin...). Constituer une collection ne sous-entend plus d'avoir des pratiques condamnables. Bien au contraire, il s'agit de la constituer dignement, humblement, et avec un brin d'engagement, sans hypocrisie.





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